15 avril 2026
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La guerre au Moyen-Orient percute une Chimie toujours en crise

La restructuration de la Chimie en France et en Europe s’aggrave. Des réponses urgentes sont attendues pour regagner en compétitivité et préserver cette industrie indispensable à la souveraineté européenne.

La crise qui frappe depuis 4 ans la Chimie en France et en Europe perdure

La croissance mondiale de la Chimie reste soutenue à +3.8% en 2025, surtout tirée par la Chine (+7,9%). La Chine est devenue l’acteur hégémonique, passant de 10% de parts de marché en 2008 à 46% en 2024.

L’Europe est la seule région du monde où la production recule : -2,4% en 2025. Elle est la grande perdante de la reconfiguration majeure du marché mondial de la Chimie. En Europe même, l’industrie manufacturière se détourne de l’offre européenne de la Chimie car plus chère que ses concurrentes.

Après 3 ans de sous-utilisation des capacités, les fermetures de sites s’accélèrent en Europe (-9% de capacités de production en 4 ans), sans réussir à résorber les sous-activités industrielles. La dépendance croissante de l’approvisionnement européen au reste du monde menace la souveraineté des chaînes industrielles dépendant de la Chimie.

En France, l'année 2025 marque aussi un nouveau recul (-1,3% de chiffre d’affaires, baisse de l’excédent commercial de -18%). Les activités amont (chimies organique et minérale) sont particulièrement dégradées. 

La Chimie, un atout indispensable en pleine transformation

La concurrence asiatique et américaine est aidée par des conditions d’exploitation plus favorables (énergies, réglementation, charges…) et dégage de meilleures capacités d’investissement.

La Chimie en France a pourtant des atouts majeurs à faire valoir. Sa capacité à innover pour atteindre les enjeux stratégiques se traduit encore cette année par des réalisations marquantes (recyclage, principes actifs, batteries, chimie biosourcée...). Elle poursuit en parallèle ses engagements RSE et sa trajectoire de décarbonation ambitieuse (-76% d’émissions de CO2 en 2030 par rapport à 1990). Enfin, en dépit de la crise, la branche Chimie s’efforce de préserver ses effectifs hautement qualifiés (-0.5% en 2025) et poursuit le renouvellement des compétences nécessaires à son avenir (24 000 recrutements en 2025).

Des réponses urgentes attendues de l’Union Européenne et de la France

La Chimie en France doit urgemment regagner en compétitivité pour relancer sa dynamique d’investissement et reconquérir des parts de marché. L’Union Européenne a entendu nos alertes et est enfin sortie du déni. Mais il est de plus en plus urgent d’agir ! 

Au-delà de l’agenda de simplification engagé, le secteur a identifié 4 priorités de court terme :

  • Energie et coût du carbone : les industriels européens souffrent d’un écart de compétitivité de plus en plus insurmontable par rapport à leurs grands concurrents internationaux. Ces derniers bénéficient d’une énergie et d’une fiscalité énergétique moins chères. L’application en France de l’extension de la compensation des coûts du carbone à la chimie organique décidée par l’UE supprimerait un des handicaps compétitifs de la Chimie en France. 
  • Défense commerciale : les outils de défense commerciale européens ne permettent pas de contrer suffisamment les pratiques déloyales de certains pays. Avec des délais souvent trop longs et des mesures pas assez fortes, il convient de les adapter aux réalités des entreprises, en particulier les PME-ETI qui doivent satisfaire au seuil de représentativité de 25 % pour faire face à des coûts trop élevés de procédures. France Chimie prône une instauration automatique de droits provisoires à titre conservatoire et des mesures de sauvegarde systématiques. Il faut aussi s’inspirer des bonnes pratiques mondiales et créer de nouveaux outils intégrant la sécurité économique pour anticiper l’impact d’importations massives.
  • Investissements et innovation : l’accroissement massif des investissements dans la modernisation des usines (transition écologique, automatismes…) et la modernisation des outils de recherche et de développement sont le préalable à une restauration durable de la compétitivité de la Chimie et la mise en place de chaînes de valeur souveraines pour les nouvelles filières (énergie, défense, mobilité, etc.).   
  • Préférence européenne : des mesures efficaces et pragmatiques sont toujours attendues pour sécuriser les filières stratégiques européennes (principes actifs pour les médicaments, batteries, terres rares recyclées...) alors que la crise géopolitique au Moyen-Orient est en train d’illustrer la fragilité des chaînes d’approvisionnement européennes, mettant en difficulté nombre d’industries manufacturières en aval.

Le conflit au Moyen-Orient risque de fragiliser encore davantage le secteur

Le conflit au Moyen-Orient, dont les dommages pour la Chimie se mesureront en mois, voire en années, rend très urgente la mise en œuvre de ces priorités. L’envolée des prix du gaz et du pétrole en Europe, le renchérissement des énergies et matières premières nécessaires à la Chimie, ont provoqué une inflation des coûts de production. Les conséquences sont insoutenables pour les engrais, la pétrochimie… Les filières en aval (polymères, chimie de spécialité, chimie fine) se retrouvent en grande difficulté alors que le prix du gaz n’a pas augmenté en Amérique du Nord et en Russie. 

La Chimie fait également face à la hausse des coûts logistiques et des retards d’approvisionnement. La centaine de sites en force majeure en Asie pourrait entraîner des risques de pénuries sur plusieurs matières premières stratégiques pour l’Europe. Dans un contexte de handicap concurrentiel aggravé et un risque d’arrêt d’unités industrielles par manque de matières premières, France Chimie s’abstient de toute prévision d’évolution de la production française pour l’année 2026. 

Pour Frédéric Gauchet, président de France Chimie : « Les grandes puissances industrielles ont bien compris le caractère stratégique de la Chimie. Elles l’ont soutenue par des politiques ambitieuses d’investissement et des conditions incitatives d’exploitation. Le futur des capacités de la Chimie en Europe est maintenant menacé alors qu’elles sont indispensables à notre souveraineté et pour la réussite de notre transition écologique. Nos décideurs politiques semblent avoir pris conscience du danger, mais il est maintenant urgent de passer à l’action ! »

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