15 septembre 2026
Actualités générales

La Chimie est-elle l’angle mort de la souveraineté européenne ?

Etaient conviés Constance Maréchal-Dereu, Cheffe du service de l'industrie à la DGE, Frédéric Gauchet, Président de France Chimie, Anaïs Voy-Gillis, Directrice de la Stratégie et de la Transition énergétique chez Humens et Virginie Guérin Vice-Présidente Affaires Publiques chez Arkema. Les échanges ont été modérés par Mathias Girard, Directeur des Affaires Publiques de France Chimie.

La table-ronde organisée avec l’Institut Choiseul a été l’occasion d'échanger sur le rôle indispensable de la chimie pour la souveraineté industrielle française et européenne

À l’heure où la concurrence internationale s’intensifie et où la transition climatique transforme en profondeur les modèles industriels, la question de la souveraineté industrielle européenne n’a jamais été aussi centrale.

Réunis par l’Institut Choiseul à l’occasion d’une table ronde consacrée à la souveraineté dans l’industrie chimique, les participants ont dressé un constat sans détour : sans réaction rapide, l’Europe risque un décrochage durable de son industrie chimique.

Au fil des échanges, plusieurs enjeux majeurs se sont dégagés : restaurer la compétitivité européenne, préserver les capacités industrielles existantes, soutenir l’investissement et l’innovation, réussir la décarbonation et renforcer les mécanismes de défense commerciale.

Une industrie européenne sous pression

Alors que la production chimique mondiale continue de progresser, celle de l’Europe recule. Cette situation s’explique notamment par un déficit d’investissement et par des conditions de concurrence de plus en plus difficiles.

À l’inverse, les États-Unis, la Chine ou encore l’Inde déploient des stratégies industrielles de long terme et mobilisent des moyens importants pour soutenir leurs capacités de production.

La prise de conscience est désormais réelle au niveau européen, comme en témoigne notamment la publication par la Commission européenne d’un Plan d’action pour l’industrie chimique. L’enjeu est maintenant de passer rapidement du diagnostic à la mise en œuvre de mesures concrètes.

L’innovation, principal atout européen

Face à ces difficultés, l’Europe conserve des atouts structurels importants. Le premier d’entre eux réside dans sa capacité d’innovation, soutenue par un tissu académique et scientifique d’excellence et par des dispositifs favorables à la recherche et au développement.

En France, le Crédit d’impôt recherche constitue à ce titre un outil essentiel. Les participants ont souligné la nécessité de le sanctuariser afin de préserver la capacité des entreprises à investir dans l’innovation et à développer les technologies qui permettront à l’industrie européenne de rester compétitive.

Mais l’innovation ne peut suffire si les conditions de concurrence restent profondément déséquilibrées. Plusieurs intervenants ont ainsi appelé à assumer une protection plus affirmée, mais proportionnée, de l’industrie européenne, afin de préserver les capacités de production indispensables à notre souveraineté.

Réconcilier décarbonation et compétitivité

La hausse des coûts de l’énergie et du carbone nourrit régulièrement l’idée d’une opposition entre décarbonation et compétitivité. Les échanges ont toutefois permis de nuancer cette vision.

À long terme, la décarbonation peut également constituer un levier de compétitivité, notamment en réduisant la dépendance européenne aux importations d’énergies fossiles et, par conséquent, son exposition aux tensions géopolitiques.

La difficulté réside davantage dans les conditions et le rythme de cette transformation. Les industriels ont besoin de trajectoires suffisamment lisibles et prévisibles pour engager des investissements qui se déploient sur plusieurs décennies.

Renforcer les outils de défense commerciale et créer des marchés européens

Autre constat partagé : l’Europe demeure trop lente lorsqu’il s’agit de répondre aux pratiques commerciales déloyales et aux déséquilibres de concurrence internationale.

Plusieurs pistes ont été avancées pour rendre les instruments européens de défense commerciale plus rapides et plus efficaces : renforcer les moyens de la DG Trade, simplifier les procédures, faciliter le recours aux mesures provisoires et mieux prendre en compte les effets sur l’ensemble des chaînes de valeur.

Mais protéger l’industrie européenne suppose également de créer des débouchés pour les produits fabriqués et décarbonés en Europe. La commande publique peut jouer un rôle déterminant dans l’émergence de ces marchés. L’Industrial Accelerator Act constitue à cet égard une opportunité pour développer des critères de préférence européenne ciblés et soutenir la demande pour les productions industrielles européennes.

Mathias GIRARD, Directeur des Affaires Publiques – mgirard@francechimie.fr

Romain GERARDI, Responsable Affaires Publiques- rgerardi@francechimie.fr

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